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Voyage sur Mars : notre journée dans la peau d’un astronaute / colon martien

Voyage sur Mars : notre journée dans la peau d'un astronaute / colon martien

Faites attention ! « C’est un aller simple. »

L’Hawaii Space Exploration Analog and Simulation Habitat, ou Mars HI-SEAS pour faire court, est située sur le volcan Mauna Loa sur la Grande Ile d’Hawaii, une étendue infinie de roches rouges et noires qui donne l’impression d’être sur Mars. Et justement c’est le but. Un habitat perché à 2500 mètres au-dessus du niveau de la mer et une heure de route des plages de sable blanc. Des dizaines de futurs astronautes du monde entier ont vécu ici, jusqu’à six à la fois, dans un dôme blanc pendant une année d’entraînement. Ils se préparent à des missions potentielles vers Mars, ou la Lune.

La plupart des chercheurs et des scientifiques portent des combinaisons spatiales chaque fois qu’ils s’aventurent à l’extérieur, et ils subissent des retards de 20 minutes, chaque fois qu’ils communiquent avec le monde extérieur. « La base de Mars est aussi loin de la civilisation qu’elle peut l’être sur cette île« , précise Henk Rogers, l’entrepreneur qui détient les droits du jeu vidéo Tetris et possède également ce grand dôme blanc.

« Il y a soixante-cinq millions d’années, les dinosaures ont disparu », commente Rogers. « Pourquoi ? Ils étaient trop stupides pour quitter la planète. On est toujours là, aussi bête que les dinosaures ». Mais ça ne veut pas dire qu’on ne doit pas essayer.

En 2016, le président Barack Obama a fait de l’exploration de Mars un objectif clé pour la NASA, tandis que son successeur Donald Trump a déclaré l’an dernier qu’il voulait que les astronautes américains retournent sur la lune. Les entreprises privées veulent aussi se libérer de l’attraction terrestre. Une startup appelée Moon Express espère envoyer des robots pour miner sur la lune. Jeff Bezos d’Amazon a fondé Blue Origin pour « semer une présence humaine durable dans l’espace » et pourrait proposer en 2019 les premiers tickets pour aller dans l’espace. Et puis Virgin Galactic, de Richard Branson, veut proposer la « première ligne spatiale commerciale du monde ». Enfin, le PDG de SpaceX, Elon Musk, a bien l’intention d’aller sur Mars. SpaceX entend y lancer la première mission de fret en 2022.

« Mars est la prochaine frontière tangible pour l’exploration humaine, et c’est un objectif réalisable« , assure la NASA sur son site Web. « Il y a des défis à relever pour les pionniers de Mars, mais nous savons qu’ils peuvent être résolus. Nous sommes en bonne voie d’y arriver, d’y atterrir et d’y vivre.« 

 

Mais avant de pouvoir vivre sur Mars, nous devons savoir si les humains peuvent supporter le stress psychologique de l’isolement, de la monotonie et des années enfermées avec les mêmes personnes dans un environnement hostile. C’est là qu’intervient la base Mars HI-SEAS, une partie de l’effort de la NASA pour envoyer des humains sur la planète rouge dans les années 2030.

De la nécessité de bien travailler ensemble

Programme de recherche de l’Université d’Hawaii financé par la NASA, Mars HI-SEAS a accueilli six équipes d’astronautes potentiels depuis le début de 2013. Les missions durent de quatre mois à un an. « Il s’agit de savoir comment vivre avec les autres et comment vivre avec soi-même », dit Kate Greene, écrivaine et ancienne physicienne qui était la commandante en second de la première mission Mars HI-SEAS, qui a duré quatre mois.

Ce premier groupe s’est penché sur les avantages nutritionnels et psychosociaux des aliments  » instantanés  » préemballés par rapport aux repas préparés à partir d’ingrédients de longue conservation. Le double objectif : découvrir quels aliments les gens apprécient le plus et comment ces aliments affectent l’énergie, la consommation d’eau, de nourriture et des fournitures des équipages.

L’équipe suivante s’est penchée sur la dynamique et la performance de groupe, et le groupe le plus récent a tenté de découvrir le mélange idéal de personnalités à envoyer en mission à long terme.

« Si vous pensez une mission vers Mars comme un système de systèmes, la partie humaine de ce système, quand elle se brise, peut avoir des conséquences aussi désastreuses qu’une fusée qui explose« , dit Kim Binsted, professeur d’informatique et de science de l’information à l’Université d’Hawaii, et responsable de la base HI-SEAS. « Il est absolument essentiel qu’ils puissent bien travailler ensemble. »

Mais il ne s’agit pas seulement de bien travailler. Ils devront bien s’entendre aussi. La position de la Terre par rapport à Mars étant relative, les astronautes auront besoin d’environ neuf mois pour atteindre la planète rouge, ils devront alors y rester plus de 16 mois jusqu’à ce que nos orbites s’alignent à nouveau pour éventuellement rentrer chez eux, ce qui prendra 9 mois supplémentaires.

Refléter les conditions du réel

L’Université d’Hawaii et la NASA ont conçu cet habitat et les missions de test pour refléter les conditions d’une véritable expédition. Quand nous sommes arrivés sur place, nous sommes passés par l’entrée principale du dôme et avons rapidement refermée derrière nous car il y avait un (faux) sas hermétique. Impossible de passer la seconde porte si la première n’est pas fermée. Ensuite, on passe à travers des rideaux de plastique, ce qui nous mène dans la partie principale de l’habitat.

La première chose que nous avons remarquée, c’est le tapis de course en face de nous, que les astronautes doivent utiliser tous les jours. Le rez-de-chaussée fait environ 110 m². Il comprend des bureaux, une cuisine avec des ingrédients stables comme des tortillas et du beurre d’arachide, une table pliable pour les repas d’équipe et une salle de bain avec toilettes à compost (sans eau ni chasse d’eau).

Il y a aussi un laboratoire pour faire des expériences et une douche que chaque personne peut utiliser pendant huit minutes par semaine, au total… Un conteneur en acier est rattaché au dôme, c’est une sorte d’atelier où les astronautes peuvent travailler sur leurs projets. Un judas près de la cuisine leur offre une vue sur le monde extérieur, la seule accessible sans porter de combinaison spatiale. L’électricité provient de grands panneaux solaires installés près du dôme. Les batteries stockent l’énergie solaire pour l’utiliser la nuit, et les piles à hydrogène fournissent de l’énergie de secours au cas où il ferait trop nuageux pour produire toute l’énergie nécessaire.

« J’ai appris ce que signifie être seul » 

Le « loft » du haut est l’endroit où les astronautes peuvent avoir un semblant d’intimité. Six petites pièces sont disposées comme des rayons sur une roue, chacune comportant un lit étroit. Quelques-unes ont aussi un petit bureau ou une table de nuit. Ces six chambres et la demi-salle de bain occupent seulement 39m². Si l’on ajoute le rez-de-chaussée, cela nous donne 150 m² au total. En divisant ce nombre par 6 habitants, on peut dire que cela fait un espace de 25m² par personne environ.

Mais si l’espace de vie exigu est un défi, la partie la plus difficile à gérer pourrait être la communication avec le monde extérieur. Chaque message envoyé à des amis et des proches prend 20 minutes et chaque réponse prend 20 minutes pour revenir. Du coup, le chargement d’un site Web prend 40 minutes (20 minutes pour que le serveur Internet reçoive votre demande et 20 minutes pour qu’il y réponde). Ces délais excluent évidemment Skype, la messagerie instantanée, le streaming et les appels téléphoniques.

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« J’ai appris ce que signifie être seul« , dit Ross Lockwood, qui a travaillé sur sa thèse de doctorat en physique de la matière condensée alors qu’il était membre de la deuxième mission HI-SEAS, début 2014. Les habitants peuvent quand même consulter leurs courriels et télécharger des films et de la musique, mais cela s’avère long et frustrant. Pour contourner le problème, Lockwood a programmé l’ordinateur de l’habitat pour précharger tous les sites qu’il voulait pendant la nuit, afin de les parcourir plus rapidement à son réveil. Malgré ces inconvénients, Lockwood dit qu’il n’hésiterait pas à participer à une véritable mission.

Plus près de chez nous

La dernière fois que les humains ont quitté l’orbite terrestre remonte à 1972, lorsque les astronautes d’Apollo 17, Eugene Cernan et Harrison Schmitt, ont parcouru la vallée lunaire Taurus-Littrow, avec Ronald Evans au pilotage du module de commandement.

« La science issue des missions Apollo était formidable« , dit Jeffrey Gillis-Davis, un chercheur associé de l’Université d’Hawaii qui étudie la volcanologie lunaire. « Nous avons beaucoup appris sur le plus proche voisin de la Terre et l’avons appliqué à la Terre et aux autres objets du système solaire. » Pour beaucoup, ce n’est qu’une question de temps avant que nous y retournions. C’est ce que souhaite Donald Trump.

Viser la Lune avant Mars

En décembre dernier, le président Trump a signé une directive pour que les États-Unis « mènent le retour des humains sur la Lune à des fins d’exploration à long terme, et en vue de préparer de futures missions humaines vers Mars et d’autres destinations« .

« Il s’agit du premier pas vers le retour des astronautes américains sur la Lune, pour la première fois depuis 1972 « , a-t-il déclaré avant de poursuivre : « Cette fois, nous ne nous contenterons pas de planter notre drapeau et de laisser nos empreintes de pas. Nous jetterons les bases d’une éventuelle mission vers Mars, et peut-être un jour, vers d’autres mondes au-delà. »

Rogers s’efforce de convaincre les organisations spatiales du monde entier de former des astronautes potentiels sur la grande île d’Hawaï. Lui et son équipe ont cherché un endroit près de l’habitat Mars HI-SEAS pour créer une nouvelle base d’entraînement. Car il faudra beaucoup de travail pour faire de l’humanité une espèce interplanétaire.

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Source : https://www.cnetfrance.fr/news/voyage-sur-mars-notre-journee-dans-la-peau-d-un-astronaute-colon-martien-39870684.htm#xtor=RSS-300021