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Facebook et YouTube premium : vers un nouveau business model ?

Facebook et YouTube premium : vers un nouveau business model ?

Payeriez-vous pour utiliser YouTube ou Facebook ? Depuis juin, Mark Zuckerberg teste des groupes sur abonnement, quand le site d’hébergement de vidéos de Google déploie une offre musicale payante, et un accès aux chaînes de plus de 100.000 abonnés, là aussi sur abonnement. Les utilisateurs suivront-ils ? Les géants du Web, jusqu’ici 100% gratuits, en font visiblement le pari. Et sont donc prêts à changer de business model, à leurs risques et périls.


Concrètement, Facebook expérimente des « Subscription Groups », qui devraient, après généralisation, permettre aux administrateurs de groupes le désirant de créer des « sous-groupes », qui eux seraient soumis à des frais d’abonnement, allant de 4,99 $ à 29.99 $ par mois. En payant, l’utilisateur aurait ainsi accès à un « contenu exclusif », de préférence de qualité…

Selon Alex Deve, le directeur produit qui s’occupe du projet, il s’agit d’une demande des créateurs de groupe eux-mêmes – du moins, ceux qui comptent de très nombreux membres. « Nous savons que les administrateurs investissent beaucoup de leur temps et de leur énergie pour entretenir leurs groupes et leurs communautés, et certains nous ont dit qu’ils aimeraient avoir des outils pour les aider à continuer, et à offrir plus aux membres », explique-t-il sur le site de Facebook. Avec ce service « premium », qui devrait « valoriser le travail » des administrateurs, les contenus proposés – en particulier des tutoriels vidéos, comme ceux expérimentés par le groupe de conseils en recettes de cuisine « Meal Planning Central » – devraient être, parie le site, « de meilleure qualité ».


De son côté, YouTube multiplie les services payants. Il déploie d’abord actuellement une offre sur le modèle de Spotify, YouTube Music Premium, qui propose d’écouter de la musique ou de regarder des videos en streaming contre 9,99 euros par mois. Quelle plus-value par rapport à la version gratuite de la plateforme ? Des milliers de playlists, des recommandations personnalisées, ainsi que des milliers de chansons et de clips téléchargeables, visibles sans pub et écoutables en arrière-plan sur son smartphone. Ensuite, comme Facebook, le service de Google propose désormais un accès payant aux chaînes de plus de 100.000 abonnés, via un abonnement de 4,99 $ par mois. Là encore, sur ces « Channels Membership », les utilisateurs devraient avoir accès à du contenu « de qualité » – des live exclusifs et des vidéos supplémentaires. Un moyen de rémunérer les YouTubeurs (déjà payés par quantité de marques, mais passons) afin de « favoriser leur processus de création » et de leur permettre, explique Google, « de créer davantage de liens avec leurs fans ».

 

Si c’est pas gratuit, vous n’êtes pas le produit


Pourquoi donc un tel changement de cap de la part de Facebook et YouTube, qui pourrait totalement changer le visage de ces plateformes ? Pour la firme de Menlo Park, cible de toutes les critiques depuis l’affaire Cambridge Analytica, le fait de revenir sur l’un de ses principes de base – la gratuité – semble être une façon d’en finir avec un modèle basé sur le tout publicitaire, et de monétiser ainsi sa plateforme d’une façon moins attaquable.


Si Alex Deve soutient que son nouveau service payant a été mis en place de manière désintéressée, Facebook touchera bien entendu une commission de 15% du montant des abonnements – sachant qu’un peu plus d’un milliard d’utilisateurs utilisent des groupes. En plus de constituer une nouvelle source de revenus, il s’agit aussi vraisemblablement d’un bon moyen de continuer à garder à l’oeil les administrateurs de pages (souvent des associations ou des médias qui n’ont pas les moyens de payer pour des campagnes publicitaires), suite à la modification de son algorithme – qui privilégie sur la timeline des utilisateurs les contenus des amis. De nombreux médias ont depuis créé des groupes thématiques, sous les conseils de Facebook, mais pensent aussi, de plus en plus, à changer de réseaux sociaux… et il pourrait ainsi s’agir d’un moyen de les retenir… en plus d’encourager la création de « clubs » privés.

Chez YouTube aussi, l’idée est de créer des revenus autres que par la publicité, qui rebute un grand nombre d’utilisateurs – tout en confortant les artistes et les YouTubeurs, en attente d’une rémunération. Comme Facebook avec ses groupes privés, la plateforme récupère une partie (30%) de la somme versée pour accéder à une « Channel Membership ». Sachant qu’elle compte actuellement 1,5 milliards d’utilisateurs actifs, et plusieurs milliers de chaînes de plus de 100.000 abonnés.

En diversifiant leur modèle gratuit vers celui de l’abonnement, Facebook et Google/YouTube, les deux plus importantes régies publicitaires du monde, balaient ainsi (en apparence, en tout cas) l’argument qui veut que « si c’est gratuit, vous êtes le produit », et que ce qui compte, ce sont les données collectées sur les utilisateurs à des fins publicitaires. Un nouveau business model, donc, plus « vertueux », qui ne serait plus basé uniquement sur les pubs et les données des internautes, et qui permettrait d’en finir avec les critiques sur le ciblage publicitaire chez Facebook, ainsi que sur les trop nombreuses pubs et la « course aux clics » chez YouTube.

 

Bienvenue au club


Mais les internautes seront-ils prêts à payer pour du contenu jusqu’ici gratuit ? En se détournant ainsi d’un modèle économique qui jusqu’ici fonctionnait, les deux géants du Web ne se mettent-ils pas en péril ? Les très nombreuses personnes qui utilisent la plateforme d’hébergement de vidéos pour écouter de la musique gratuitement (sans avoir à passer par Deezer ou Spotify), et toutes celles habituées à utiliser Facebook gratuitement quitte à lui fournir des données, seront-elles réellement partantes pour ouvrir leur porte monnaie ? Rien n’est moins sûr.

Car pour visionner une chaîne privée ou faire partie d’un « club » privé tenu par quelqu’un avec qui ils ressentent l’existence d’un « lien », pourquoi pas, mais probablement pas plus. Un hypothétique « tout payant » semble ainsi difficile, pour ne pas dire impossible, à mettre en place, pour deux géants si fortement dépendants de la publicité. A la place, Facebook et YouTube semblent finalement se diriger vers un « freemium », sur le modèle de ce que proposent de plus en plus de titres de presse en ligne – un coin gratuit, et un autre payant, avec des contenus de qualité et une « communauté » d’abonnés actifs. Avec la possibilité de se diversifier en dehors de la publicité (les coûts demandés aux annonceurs ne pouvant être éternellement augmentés, la diversification est une façon de se créer un plan B), et cerise sur le gâteau, l’opportunité de faire (à tort ou à raison) taire les critiques.

Enfin, un tel modèle devrait permettre à YouTube et Facebook d’encourager leurs utilisateurs – qui semblent se lasser d’un système volontairement addictif, visant à les garder le plus possible chez eux pour collecter leurs données -, à rester toujours aussi longtemps, mais différemment. « Ainsi, l’un des nouveaux objectifs de Mark Zuckerberg (qui soutient qu’il existera toujours une version gratuite de Facebook) est d’améliorer la qualité du temps passé sur son réseau social », note le cabinet de conseils Motley Fool (qui compte des membres d’Alphabet dans ses rangs), sur Fox Business. Et c’est probablement le même genre d’objectif que poursuit Google.

Toutefois, difficile de ne pas constater qu’un nouveau genre d’inégalité devrait naître avec ce genre de système freemium / premium… entre ceux qui auront les moyens de payer pour moins de publicité et plus de qualité, et ceux qui n’auront pas les moyens, et devront donc se coltiner toujours plus de pubs ciblées et de pistage. Pour eux, pas de contenus exclusifs, ni de « temps bien dépensé ».

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Source : https://www.cnetfrance.fr/news/facebook-et-youtube-premium-vers-un-nouveau-business-model-39870991.htm#xtor=RSS-300021